À Chiny, l’accès à un médecin généraliste devient un vrai sujet de terrain. Les cabinets tournent à plein régime, les départs à la retraite approchent, et les jeunes praticiens hésitent à s’installer dans une zone où tout reste à construire. Face à ce mur, des citoyens ont choisi l’action plutôt que l’attente. Leur réponse porte un nom simple et fort : Cœur de Santé.
Ce projet local vise à créer une maison médicale collaborative sous forme de coopérative, ouverte à toute la population de la région. L’idée n’est pas seulement d’ajouter des murs et des salles de consultation. Le collectif veut bâtir un outil durable, solidaire et pratique, capable d’attirer des généralistes, mais aussi des kinés, infirmières, psychologues, sages-femmes ou ergothérapeutes. Objectif annoncé : lancer une première activité d’ici fin 2027, si au moins deux praticiens à mi-temps rejoignent l’aventure.
Le pari peut sembler audacieux. Il l’est. Mais dans une commune où trois généralistes assurent encore l’essentiel des soins de santé, avec deux médecins proches de la fin de carrière, l’urgence pousse à bouger vite. Cœur de Santé mise sur la santé communautaire, l’épargne citoyenne et la solidarité locale pour transformer une inquiétude collective en solution concrète.
En bref : Cœur de Santé veut renforcer l’accès aux soins à Chiny
- Cœur de Santé est une coopérative citoyenne née pour répondre à la pénurie de médecins généralistes à Chiny.
- Le projet vise la création d’une maison médicale collaborative d’ici fin 2027.
- Chaque citoyen peut soutenir l’initiative en achetant des parts à partir de 50 euros.
- La future structure restera accessible à tous, même aux personnes qui ne sont pas coopératrices.
- Une soirée d’information est prévue le 18 septembre à 19 h 30 à la salle villageoise de Les Bulles.

Cœur de Santé à Chiny : une réponse citoyenne à la pénurie médicale
La pénurie médicale ne frappe pas d’un coup. Elle avance par petites secousses. Un cabinet qui ne prend plus de nouveaux patients. Un médecin qui approche de la retraite. Un jeune diplômé qui renonce à s’installer, faute de cadre simple et stable.
À Chiny, cette réalité se voit déjà. Selon Eva Smitt, coopératrice du projet, la commune se trouve dans une zone très fragile pour la médecine générale. Trois généralistes y exercent encore, mais deux arrivent en fin de carrière. Le risque est clair : voir l’accès aux soins de santé se compliquer encore.
Pour une habitante comme Marie, installée dans un village excentré, cela peut vouloir dire attendre plusieurs jours pour un rendez-vous ou parcourir davantage de kilomètres pour une consultation banale. Une angine, un renouvellement de traitement, un suivi d’enfant : tout devient plus lourd quand l’offre médicale se raréfie.
Cœur de Santé veut casser cette dynamique. Le collectif ne promet pas une baguette magique. Il construit plutôt une base solide pour rendre le territoire plus attractif aux praticiens. Le vrai sujet n’est pas seulement de trouver des médecins. Il faut leur donner envie de rester.
Une maison médicale collaborative pour attirer de jeunes praticiens
Le projet repose sur une idée simple : un médecin isolé porte trop de charges. Il soigne, gère les rendez-vous, suit les dossiers, remplit l’administratif, organise son matériel et assume souvent une solitude professionnelle pesante.
La future maison médicale veut alléger ce poids. Elle prévoit un cadre partagé, avec des locaux adaptés, une gestion administrative centralisée et des échanges réguliers entre professionnels. Le soin revient au centre. Le reste devient collectif.
Cette approche parle aux jeunes médecins. Beaucoup cherchent aujourd’hui une pratique moins solitaire, plus souple, plus humaine. Une structure collaborative peut faire la différence entre une installation réussie et un départ rapide vers une ville mieux équipée.
L’enjeu est net : faciliter l’installation, puis créer l’attachement au territoire.

Une coopérative ouverte : quand les citoyens financent leur santé communautaire
Cœur de Santé a choisi la forme coopérative. Ce n’est pas la voie la plus simple. Les banques préfèrent parfois un emprunteur individuel, plus lisible sur le papier. Pourtant, le collectif assume ce choix car il protège l’esprit du projet.
Ici, l’argent ne sert pas à enrichir des actionnaires. Les fonds doivent revenir aux infrastructures, au matériel et au développement de nouveaux services. C’est le cœur du modèle : une association médicale citoyenne au service du territoire.
Chaque personne peut devenir coopératrice en achetant une ou plusieurs parts de 50 euros, notamment via la plateforme Coophub. La coopérative doit réunir environ 10 % de fonds propres pour obtenir l’emprunt bancaire nécessaire à son développement.
Le bâtiment final est estimé entre 400 000 et 500 000 euros. En attendant, une solution en location pourrait permettre de démarrer plus vite, dès fin 2027, si les conditions médicales suivent. Cette étape intermédiaire évite de bloquer le projet pendant des années.
Un projet local apolitique, mais porté par des engagements forts
Le collectif assume sa diversité. Certains coopérateurs sont proches de la liste Inspire Chiny, présente dans l’opposition communale. Mais Jeroen Vyncke, figure du projet, insiste sur un point : Cœur de Santé n’est pas un outil politique.
La coopérative se veut ouverte à tous. Peu importe l’âge, le village, l’opinion ou l’étiquette. La seule condition réelle tient dans l’envie de soutenir un accès plus stable aux soins.
Cette clarification compte. Dans une petite commune, chaque initiative peut vite être lue à travers le prisme communal. Ici, le collectif veut déplacer le regard : le sujet n’est pas la majorité ou l’opposition, mais la capacité d’un territoire à organiser sa propre réponse.
La solidarité devient alors une méthode de travail, pas un slogan.

De la médecine générale au paramédical : un pôle de soins pensé pour durer
La priorité reste claire : attirer des généralistes. Sans eux, la base du dispositif manque. Mais le projet ne s’arrête pas à la consultation médicale classique.
La future structure souhaite aussi accueillir d’autres professionnels : kinésithérapeutes, infirmières, psychologues, ergothérapeutes, sages-femmes. Ce choix répond à une réalité du terrain. La santé ne se limite pas à diagnostiquer et prescrire.
Un patient âgé peut avoir besoin d’un suivi infirmier, d’exercices de mobilité et d’un accompagnement psychologique après une perte d’autonomie. Une jeune mère peut chercher un médecin, une sage-femme et un soutien proche de chez elle. Rassembler ces compétences au même endroit simplifie tout.
Le collectif veut aussi créer des liens avec Santé Ardenne et les maisons médicales voisines de Tintigny et Florenville. Cette logique de réseau évite l’isolement. Elle renforce aussi l’assistanat médical, essentiel pour former et retenir de nouveaux praticiens.
Un cadre de travail pensé comme un vrai argument d’installation
Evelyne Dawagne, coopératrice de la première heure, résume l’ambition : faciliter au maximum l’arrivée de jeunes médecins. Cela passe par des espaces adaptés, mais aussi par une dynamique professionnelle saine.
Un praticien qui s’installe ne cherche pas seulement un bureau. Il cherche un environnement fiable, une équipe, des échanges, une aide administrative et une qualité de vie. C’est exactement ce que Cœur de Santé veut proposer.
La coopérative prévoit d’adapter les espaces aux personnes qui rejoindront le projet. Si un kiné arrive, il faudra une salle adaptée. Si une sage-femme s’implique, l’aménagement devra suivre. Cette souplesse évite de créer un bâtiment figé, déconnecté des besoins réels.
La bonne infrastructure attire les bons profils. Et les bons profils renforcent l’accès aux soins.

Soirée citoyenne à Les Bulles : comprendre et soutenir Cœur de Santé
Le projet entre dans une phase décisive. Une soirée d’information est organisée le 18 septembre à 19 h 30 à la salle villageoise de Les Bulles, rue du Lieutenant de Crépy.
Le rendez-vous s’adresse aux habitants, aux futurs coopérateurs, aux soignants de la région et aux personnes simplement curieuses. Des stands d’information et une conférence permettront de poser les questions utiles : financement, calendrier, gouvernance, installation des praticiens, accès pour les patients.
Ce type de rencontre peut changer la vitesse d’un projet. Une personne vient pour écouter, puis décide de prendre une part. Une infirmière découvre l’initiative et propose un contact. Un jeune médecin entend parler d’un cadre prêt à l’accueillir. Dans les projets ruraux, les déclics naissent souvent autour d’une table.
Pour contacter l’équipe : 0496 95 45 81 auprès d’Eva Smitt, info@coeurdesante.be, ou le site www.coeurdesante.be.
Pourquoi ce projet local peut inspirer d’autres communes rurales
La force de Cœur de Santé tient dans son pragmatisme. Le collectif ne se contente pas de dénoncer la pénurie. Il cherche des locaux, mobilise l’épargne, dialogue avec des partenaires et prépare un modèle de fonctionnement.
Cette approche peut inspirer d’autres villages confrontés au même défi. Quand les systèmes centraux peinent à répondre vite, la santé communautaire offre une piste complémentaire. Elle ne remplace pas les politiques publiques, mais elle crée une énergie locale immédiate.
À terme, la coopérative imagine même des antennes dans des villages plus éloignés, comme Suxy. Cette piste répond à une question très concrète : comment éviter que les habitants les moins mobiles soient les premiers exclus des soins ?
La maison médicale de demain pourrait donc devenir plus qu’un bâtiment. Elle peut devenir un réseau de proximité, construit par celles et ceux qui en ont besoin.

Questions pratiques sur Cœur de Santé et la future maison médicale à Chiny
Qui peut devenir coopérateur de Cœur de Santé ?
Toute personne intéressée peut devenir coopératrice, qu’elle habite Chiny ou non. Les parts sont accessibles à partir de 50 euros et servent à soutenir le financement du projet.
La maison médicale sera-t-elle réservée aux coopérateurs ?
Non. Cœur de Santé affirme que la future maison médicale sera ouverte à tous les patients, y compris aux personnes qui n’ont pas acheté de parts dans la coopérative.
Quand la maison médicale pourrait-elle ouvrir ?
L’objectif est un lancement d’ici fin 2027. Une première phase en location est envisagée si deux praticiens à mi-temps rejoignent le projet.
Quels professionnels de santé pourraient rejoindre la structure ?
La priorité va aux médecins généralistes. Le projet souhaite aussi accueillir des profils paramédicaux comme des kinésithérapeutes, infirmières, psychologues, ergothérapeutes ou sages-femmes.
Comment obtenir plus d’informations sur le projet ?
Les citoyens peuvent participer à la soirée du 18 septembre à 19 h 30 à Les Bulles, contacter Eva Smitt au 0496 95 45 81, écrire à info@coeurdesante.be ou consulter www.coeurdesante.be.